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RADU MIHAILEANU
Roumanie / Romania

Avant le Festival des films du monde de Montr�al, aucun de mes courts-m�trages n'avait �t� s�lectionn� nulle part. « Trahir » �tait mon premier long-m�trage. Je n'avais jamais eu de prix de ma vie; � l'�cole j'�tais toujours � deux doigts de redoubler, j'ai eu mon bac par miracle (j'ai mis une demi-journ�e pour convaincre mes parents que c'�tait vrai), et je ne sais pas comment j'ai fait pour passer le concours d'entr�e de l'IDHEC (aujourd'hui FEMIS), sans doute avaient-ils eu piti� d'un pauvre Roumain.

Je me retrouve donc en Septembre 1992 s�lectionn� dans l'un des plus prestigieux festivals au monde. � peine arriv�, je croise dans l'ascenseur Volker Schl�ndorff. J'avais �t� son stagiaire montage sur le film « Un Amour de Swann » Je me dis : Tu es h�berg� dans le m�me h�tel que lui? Ton film est en comp�tition avec le sien? Cela me semblait surr�aliste. Comment pouvais-je me comparer � lui? Je me demandais encore si Serge Losique et Dani�le Cauchard ne s'�taient pas tromp�s, s'ils n'avaient pas trop fum� en regardant mon film, et surtout si un costaud de la s�curit� de l'h�tel n'allait pas surgir d'un moment � l'autre pour r�parer l'imposture et me jeter dehors.

Le jour de la projection arrive. Je vois des gens patienter devant le cin�ma, debout dans une file interminable qui faisait le tour de l'immeuble. On me rassure, � Montr�al les gens viennent aussi nombreux pour tous les films. � la fin du film, standing ovation. Puis, ce public exceptionnel nous saute dessus, veut nous parler, nous toucher. J'�tais en compagnie de l'acteur principal, Johan Leysen. Nous �tions sur un nuage. On se demandait : « Comment on fait pour ne jamais redescendre? »

Toujours apr�s la projection, un grand monsieur tr�s sympathique, mine de cow-boy, un Am�ricain, me propose, tr�s enthousiaste, d'accepter l'invitation de participer avec « Trahir » � son festival. Il me donne le nom du bled : Sundance. Je n'en avais jamais entendu parler, mais j'�tais tellement content qu'on veuille de moi une seconde fois, que j'ai dit oui. Rentr� � Paris, j'ai mis du temps pour trouver Sundance sur la carte. Le monsieur s'appelait Geoff Gilmore, quelques mois plus tard il me pr�sentera Robert Redford qui me serrera la main pendant que je m'�vanouissais.

Le soir de la remise des prix. Pour paraphraser le titre d'un autre film, les prix se mettent � me tomber sur la t�te : Meilleur Acteur (Johan �tait parti, je re�ois le prix � sa place), Meilleur Premier Film, Grand Prix des Am�riques! La totale! Moi, qui n'avais jamais rien gagn�, je vis un r�ve. Ils n'avaient pas pens� que mon c�ur pouvait l�cher. J'ai tenu. J'ai remerci� poliment tout le monde en feignant la ma�trise. Mais apr�s la c�r�monie, je me suis pr�cipit� dans ma chambre d'h�tel, et j'ai appel� ma femme � Paris. J'ai eu du mal � prononcer les premi�res paroles, je me suis mis � pleurer comme un gamin. Les larmes �touffaient le moindre mot qui tentait de prendre son envol pour la capitale fran�aise.

Le lendemain matin je me suis achet� ma premi�re paire de chaussures ch�re que je lorgnais depuis une semaine lorsque je passais devant une belle vitrine sur Sainte Catherine. J'ai pay� 100 $ suite � de longues minutes d'h�sitation. Je pensais que l'avenir m'�tait promis que j'allais devenir riche.

Je rentre � Paris. La presse fran�aise n'�crit pas une seule ligne sur aucun des prix, ni sur mon film. Les ann�es suivantes j'ai du mal � trouver du travail. Le film sort, passe quasi inaper�u, seuls vont le voir en salle mon p�re, ma m�re, mon fr�re et mes amis. Pour survivre et nourrir ma famille (j'avais d�j� un fils) je r�alise des films �rotiques pour la t�l�vision sous un pseudonyme. Je vais � Sundance, le film fait un tabac, CAA, la fameuse agence am�ricaine se met � me repr�senter, on me fait venir � Hollywood, je rencontre beaucoup de producteurs enthousiastes et m�me l'un de mes r�alisateurs pr�f�r�s, qui aime beaucoup « Trahir », Martin Scorsese, mais je comprends que je ne peux pas faire des films de cette mani�re-l�. Toute l'ann�e, je voyage dans le monde entier, avec le film. On gagne beaucoup d'autres prix, je fais des rencontres inoubliables. Je suis log� dans les plus beaux palaces. A Paris, je continue � avoir du mal � payer mon loyer.

Apr�s quelques ann�es de gal�res, je r�alise enfin « Train de vie », mon second long-m�trage. Que tout le monde attend. Et qui s'envole. Gr�ce � « Trahir ». Gr�ce � Montr�al. Gr�ce � Serge et Dani�le. Gr�ce � ce public formidable.

Radu Mihaileanu
Paris


Invit� du Festival en / Festival guest in 1993

Film pr�sent� / Film presented:

  • TRAHIR / BETRAYAL
    • Grand prix des Am�riques / Grand Prize of the Americas - Best film
    • Prix d'interpr�tation masculine / Best actor: Johan Leysen
    • Prix de Montr�al pour le meilleur premier long m�trage de fiction / Montreal Award for the best first feature film
    • Mention sp�ciale du Jury oecum�nique / Special mention of the Ecumenical jury







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� Festival des Films du Monde de Montr�al 1977-2006.