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JEAN CHARLES TACCHELLA R�alisateur / France Mon histoire d'amour avec La Belle Province En 1979, mon film « Il y a longtemps que je t'aime », avec Jean Carmet et Marie Dubois, �tait en comp�tition officielle au Festival des Films du Monde. J'y racontais l'histoire d'un homme et d'une femme, parents de trois enfants, qui, apr�s vingt-cinq ans de vie commune, se quittaient pour tenter de conna�tre ce qu'ils n'avaient pas v�cu mais ils �taient complices depuis si longtemps qu'ils n'arrivaient pas � se s�parer. « Il y a longtemps que je t'aime » rencontra un grand succ�s populaire. On me donnait favori pour le Grand Prix. Or, le pr�sident du jury, Sergio Leone, avait d�clar� qu'un Grand Prix cela doit toujours aider un d�butant. Moi, j'en �tais � mon quatri�me long m�trage! Le jury partagea la poire en deux : une jeune cin�aste allemande re�ut le Grand Prix des Am�riques. Et on transforma pour moi le « Prix du Jury » en « Grand Prix du Jury ».Ce chaleureux premier contact avec le public de Montr�al m'enchanta. On m'avait accueilli en ami. J'y voyais la r�ponse � mon enfance. J'ai �t� �lev� dans l'amour de votre grand pays. � Cherbourg, o� faisaient escale les paquebots transatlantiques, entre les deux guerres mondiales, mon p�re tenait l'agence maritime « France - Canada » et repr�sentait la « Canadian Pacific ». Les murs de notre appartement �taient couverts de tableaux, de photos, d'affiches de « La Belle Province » et de celles qui l'entourent et la compl�tent. J'ouvrais l'�il, le matin, sur un immense Ch�teau Frontenac. Apr�s le succ�s canadien d' « Il y a longtemps que je t'aime », je voulais porter � l'�cran le roman d'Antonine Maillet, « P�lagie-la-charrette », qui venait de para�tre et n'avait pas encore re�u le Prix Goncourt. C'�tait le sujet de mes r�ves, qui me permettait de sortir de la com�die o� l'on avait tendance � me cataloguer depuis la carri�re internationale de mon film « Cousin Cousine ». Une �pop�e! « Quand on est �pique, on ne peut pas se tromper » disait John Ford. Toscan du Plantier et la Gaumont s'emball�rent pour le projet, des financiers canadiens aussi. Tous voulaient faire de « P�lagie-la-charrette », qui aurait �t� interpr�t�e par Marie-Christine Barrault, la plus importante production franco-qu�b�coise de langue fran�aise jamais r�alis�e. Je projetais d'aller vivre plusieurs mois en Gasp�sie pour mettre au point le sc�nario avec Antonine. Mais le livre obtint le Goncourt et tout changea. Antonine n'accordait les droits que si le film �tait r�alis� en langue anglaise. Pourquoi tourner en anglais l'histoire merveilleuse de cette M�re Courage acadienne, d�port�e en Louisiane, qui met des ann�es, avec sa famille, ses enfants, pour regagner son pays o� elle meurt lorsque, dans la neige, elle le retrouve? Ce que nous voulions faire, Toscan, les associ�s canadiens et moi, c'�tait un film en hommage � notre civilisation et � cette langue fran�aise qui nous unit. La perspective d'un tournage en anglais n'int�ressait plus personne. De tous les films que j'ai imagin�s et que je n'ai pu r�aliser, « P�lagie-la-charrette » est celui que je regrette le plus. 1985. Je reviens au Festival des films du monde. Cette fois, je suis membre du jury et je pr�sente, hors comp�tition, mon film « Escalier C ». Faire partie d'un jury est une occasion unique de rencontrer des personnalit�s qui ont la m�me passion que vous, le cin�ma, et avec qui vous allez, pendant plusieurs jours, vivre en toute amiti�, comme si vous vous connaissiez depuis toujours. Le jury 85 �tait pr�sid� par Yvan Passer, dont j'adore « �clairage intime ». Dans l'avion qui m'emm�ne � Montr�al, je fais connaissance du jur� espagnol, le journaliste Pedro Crespo, on �change des id�es, on a souvent les m�mes, bref on sympathise. � Montr�al, je retrouve la talentueuse Louise Marleau. Je d�couvre les films trop m�connus du jur� russe Nicolas Goubenko. Je rencontre le brillant r�alisateur d' « Elvira Madigan » et d' « Adalen 31 », Bo Widerberg, qui a d�sormais une autre passion que le cin�ma : les courses de chevaux. Enfin, le septi�me jur�, c'est le com�dien, demi-dieu du Japon, Toshiro Mifune. Pourquoi, comment, une amiti� naquit aussit�t entre nous deux? � l'h�tel M�ridien, on ne se quitte plus, on d�jeune, on d�ne ensemble. Lui comme moi, on aime, entre autres, les bons vins. Pour �tre s�r d'en avoir dans les r�ceptions officielles, on se renseigne aupr�s des ma�tres d'h�tel. Le plus souvent, Toshiro arrive avant moi, il me guette � l'entr�e, je revois toujours son oeil malicieux m'indiquant o� il a planqu�, � notre intention et celle de nos compagnes, les meilleures bouteilles. J'avais sugg�r� � mes coll�gues jur�s que l'on se distingue des autres jurys, en honorant l'un des n�tres, en l'occurrence Toshiro. Tous furent d'accord. Les organisateurs du festival aussi. � la soir�e finale, lors de la remise des prix, je suis assis � c�t� de Toshiro, impeccablement v�tu de son smoking blanc, quand sur sc�ne on annonce que le jury lui a d�cern� un prix pour son exceptionnelle carri�re. Lui qui ne laissait rien para�tre se tourne, stup�fait, vers moi : - C'est toi�? Mais je ne veux pas! La salle applaudissait. Je l'ai pouss�. Pour qu'il se l�ve et aille prendre son prix. Gr�ce � cette r�compense, la fin du festival se termina en apoth�ose pour Toshiro. Toute la nuit, les gens le f�licit�rent. C'�tait la f�te, la joie autour de lui. Il me remercia. Cela fait plaisir de rendre heureux un ami - et un grand com�dien. � chacun de mes films, j'ai l'impression que mon histoire d'amour avec La Belle Province s'enrichit. Je me souviens des critiques pour « Escalier C » : « Un film qui peut faire rire ou pleurer dans la m�me minute, c'est rare », « Un pur bonheur cin�matographique », « Allez voir vingt fois Escalier C, film brillantissime ». Apr�s sa pr�sentation au Festival des Films du Monde, « Escalier C » resta � l'affiche trente-deux semaines � Montr�al. Le public le d�signa comme quatri�me film de l'ann�e 1985. Quand je suis revenu, deux ans apr�s, avec « Travelling avant », mon film sur les cin�philes parisiens en 1948-49, j'entendis quelqu'un s'�crier � la fin de la premi�re projection : « Le plus beau film que j'aie vu de ma vie! ». Des appr�ciations de ce genre, un cin�aste ne les oublie pas. Et je n'oublie pas non plus Denise Laplante me disant, � l'issue d'une interview : - Ne mourez jamais! « Travelling avant » provoqua un peu partout, dans les pays francophones, la naissance de magazines, de fanzines, d'�missions : des jeunes gens d'identifiaient � mes personnages et choisissaient pour embl�me « Travelling avant ». Au Qu�bec, encore plus qu'ailleurs. 1990, ma quatri�me pr�sence au Festival : dans « Dames Galantes », je raconte la vie de Brant�me, gentilhomme - �crivain, amateur de femmes. Ce qui me passionne avec ce film, c'est la langue fran�aise du 16�me si�cle. Jamais elle n'a �t� aussi vari�e, inventive, r�jouissante. Le public qu�b�cois qui sans doute y trouvait ses racines fut particuli�rement sensible � ce langage foisonnant. Enthousiaste, Pierre Leroux �crivit sa critique, « Un souverain plaisir », � la mani�re des contemporains de Brant�me! Je n'ai pas eu la chance de tourner au Canada mais, d�s mon premier long m�trage, « Voyage en Grande Tartarie », j'ai choisi Micheline Lanct�t pour h�ro�ne. J'�tais venu la chercher � Montr�al apr�s l'avoir admir�e dans « La Vraie nature de Bernadette » de mon ami Gilles Carle. Par la suite, j'ai tourn� des films avec Carole Laure et Anne L�tourneau, elles aussi talentueuses interpr�tes de Gilles Carle, qui a tant fait pour le renom et la gloire du cin�ma qu�b�cois. Salut, Gilles! Humer l'air de la rue Ste Catherine, entrer dans des boutiques et s'entendre dire : « Continuez � faire de beaux films! », quel bonheur. Moi qui ai toujours �crit et r�alis� des films avec l'espoir de toucher, d'amuser, de rendre heureux les spectateurs en leur laissant en souvenir quelque sc�ne ou r�plique. Ces r�compenses qui m'ont �t� offertes par le public qu�b�cois, je les dois au fait que quatre de mes films ont �t� pr�sent�s par ce grand festival de Montr�al, ouvert au vrai public, superbe vitrine des �uvres cin�matographiques du monde entier. Aujourd'hui, pour le trenti�me anniversaire de ce festival, c'est � moi de remercier les spectateurs de La Belle Province. Merci, Serge Losique! Merci au Festival des films du monde! Et bonne continuation! FIN Invit� du Festival en / Festival guest in 1979, 1985, 1987, 1990 Films pr�sent�s / Presented films: 1979
1985
1987
1990
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� Festival des Films du Monde de Montr�al 1977-2006. |
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